matter // constant

29 mars - 12 mai, 2018

SEBASTIAN WICKEROTH

matter //constant

Les concepts de transition et de transformation et leur relation à la couleur, aux formes et à la matière peuvent être considérés comme les principaux sujets des travaux récents de Sebastian Wickeroth.

Tout autour de nous, tout objet subit un processus de changement continuel et de mutation. En philosophie, cette interprétation de la réalité est loin d’être méconnue. Le présocratique Héraclite l’avait décrit il y a 2500 ans. Par son aphorisme célèbre “πάντα ῥεῖ “ (Panta rhei), littéralement « toutes les choses coulent » il souligne l’éternel devenir de la réalité en la comparant à une rivière qui en apparence demeure identique mais en réalité se renouvelle continuellement.

En combinant des éléments de peinture, sculpture et architecture, la déconstruction des formes géométriques de Wickeroth peut être vue comme le développement de cette affirmation universelle aussi bien dans son aspect formel que dans son contenu.

Des structures cubiques et des cloisons créées à partir de matériaux simples comme le plâtre, le bois, le polystyrène ou l’émail se transforment en installation in-situ. En se brisant sur le sol elles envahissent les lieux de façon extensive.

Pourtant, même quand elles se font face, les formes et déconstructions semblent se rejoindre. La corrosion contrebalance la perfection du monochrome, générant une narration. L’analyse de l’espace pictural dévasté suggère une logique et une causalité d’incidents jamais advenus. Il ne s’agit pas de la destruction d’une sculpture mais plutôt d’une volonté de se servir de la décomposition comme méthode égale de construction. C’est ainsi que des événements apparemment accidentels et incontrôlés émergent en tant que structures méticuleusement composées.

Les travaux sur verre peuvent être vus et compris de différentes manières. Une approche conceptuelle les considère comme des objets tridimensionnels malgré l’absence d’image. Entre le cadre et le verre, c’est l’espace vide qui définit la matérialité de l’œuvre. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du centre, les champs colorés s’effacent. La perception de l’œuvre dépend ainsi de l’espace qui l’entoure.

Une deuxième lecture est possible. Mise à part leurs distinctions formelles et conceptuelles, ces œuvres sont caractérisées par une approche picturale et une notion de paysage. Le voile brumeux de peinture bleue rappelle inévitablement le ciel ou la mer. Nous sommes entourés de bleu : les océans, le ciel au-dessus de nous, mais nous ne pouvons pas le toucher. Bleu, cette couleur impalpable, aussitôt qu’on l’approche, elle disparaît.

Sa série la plus récente est un ensemble d’objets picturaux qui combinent photographie et peinture aérosol sur verre. Toutes les photos ont été prises en Islande. Pour Wickeroth, ces paysages incarnent cet état constant de transformation et de transition comme aucun autre lieu sur terre. En associant ces images au dégradé créé par la peinture en spray, Sebastian Wickeroth confronte et réconcilie l’intervention plastique avec les processus naturels de mutation.

Né en 1977, Sebastian Wickeroth vit et travaille à Düsseldorf, Allemagne. Il a étudié à Kunstakademie de Münster, à l’ École Supérieure des Beaux-Arts de Genève, et à la Kunstakademie de Düsseldorf. Il a récemment été nommé ingénieur chercheur à l’Université des Sciences et d’Arts Appliqués de Dortmund.