MA SIBO

THERE WILL BE LIGHT
16 mai - 31 juillet, 2013

Les toiles de Ma Sibo nous donnent à voir des fragments de paysages intimes, telles des fenêtres de l’esprit. Leur force évocatrice tient à une déréalisation de bribes du quotidien qui se trouvent comme transposées dans une dimension onirique et mystérieuse.

Les jeux de lumière et de flou, obtenus grâce à un étonnant travail de la matière en dégradé, recouvrent des scènes et des espaces banals d’un effet troublant d’étrangeté. Dans ces lieux épurés de toute présence humaine, les sensations sont confiées aux choses et aux couleurs. En effet, les pinceaux de Ma Sibo entourent des objets inertes d’une aura émotionnelle, en réveillant une nostalgie vague ou des souvenirs estompés.

Les manèges dans un parc d’attractions, une valise ou des vêtements abandonnés dans le clair-obscur d’une chambre sont autant de réminiscences picturales d’une enfance révolue. La vision même de l’espace semble être « à échelle d’enfant » : l’œil ne voit pas la globalité du paysage, mais il est frappé par les détails et les objets en premier plan, baignés d’une lumière vibrante et évanescente. Ainsi, le spectateur ne saisit que l’atmosphère de ces lieux faussement réalistes, ces « intérieurs » et ces « jardins » silencieux, au-delà de tout espace-temps précis.

Ma Sibo a étudié la peinture et la calligraphie en Chine, avant de séjourner quatre ans en France et se spécialiser dans les arts plastiques. Ses principales références en peinture sont les grands maîtres de l’Impressionnisme, pour leurs passages flous et imperceptibles de l’ombre à la lumière, Mark Rothko pour la fluidité des couleurs et le « silence » de ses grandes surfaces colorées, Edward Hopper pour la lumière perçante et la représentation de la solitude de la vie urbaine.

Ma Sibo flâne souvent dans Pékin, où il vit et travaille, et prend en photographie des lieux cachés au milieu des bâtiments, à l’abri de la frénésie de la ville. Ces photographies lui servent d’inspiration et de modèles pour ses peintures à l’huile, longuement travaillées. La matière picturale dégradée, stratifiée et retouchée, recouvre graduellement ces paysages d’une atmosphère fantastique et irréelle.

Étrange mélange de réalité et d’imagination, les visions lumineuses de Ma Sibo ressemblent aux Fenêtres de Baudelaire, fermées au monde extérieur mais éclairées d’une chandelle éblouissante et féconde, qui ouvre aux rêves et à la poésie.