Étrangement beau

23 janvier - 13 mars, 2021

La galerie Paris-Beijing est heureuse d’accueillir pour la première fois le travail du sculpteur et céramiste Zhuo Qi dans l’espace du PB project. Zhuo Qi est né en Chine en 1985 à Fuxin, il vit et travaille en France depuis 2008.

Au cours du dernier trimestre 2020, Zhuo Qi a été invité en résidence par la Fondation Martell à Cognac. La fondation lui a offert la possibilité rare d’avoir accès illimité à un atelier de souffleur de verre; c’est ainsi qu’il a pu développer sa dernière série d’œuvres Bubble-Game mêlant sculptures antiques chinoises et technique du soufflage de verre.

En tant qu’artiste, la démarche de Zhuo Qi repose sur la notion de choc des cultures. La rencontre entre la culture chinoise et la culture occidentale est un élément fondateur de son travail, tant sur le plan linguistique, historique que sur celui de la tradition et des techniques de la céramique qu’il s’est vu enseignées à l’ENSA Limoges. Originaire de la ville de Fuxin en Chine, il se rend régulièrement à Jingdezhen, une ville considérée comme la capitale mondiale de la porcelaine. Il trouve dans les montagnes de déchets générés par cette industrie une partie de sa matière première, une matière chargée d’histoire, histoire qu’il se charge de restaurer, tel un céramiste iconoclaste, en intervenant directement sur les morceaux de céramique par divers procédés qu’on pourrait croire expérimentaux mais qui se révèlent parfaitement maitrisés.

Il en résulte une technique propre qui conjugue les traditions chinoise et française, dans laquelle la porcelaine est à la fois le matériau et le sujet. Zhuo Qi utilise cette matière de façon radicale et performative, bouleversant les formes traditionnelles du céramiste pour créer des sculptures surprenantes qui rompent complètement avec l’usage habituel des objets.

Sa nouvelle série de sculptures Bubble-Game, qui sera exposée à la galerie, s’inscrit parfaitement dans la continuité de son œuvre mais la matière première évolue; Ce n’est plus la céramique que l’artiste malmène mais d’excellentes reproductions de sculptures chinoises antiques qu’il a préalablement et méticuleusement collectionnées au cours de ses déplacements en Chine.

Souvent détériorées par le temps, ces sculptures sont cassées, fracturées avec des membres manquants. Zhuo Qi s’est mis en tête de leur redonner vie, de les restaurer à sa manière: il va utiliser le verre soufflé pour combler le vide, la partie disparue, ainsi l’œuvre d’art préexistante devient une autre œuvre, une nouveau cycle de vie se crée rappelant les cycles de réincarnation bouddhistes. L’alchimie qui s’opère entre la forme de la sculpture de pierre originale parfois millénaire et l’aspect contemporain et délicat du verre coloré qui la porte nous conduit vers l’étrange, l’incongru, des notions chères à l’artiste pour qui l’humour et la transgression sont des formes naturelles de communication. Le contemplateur est saisi par le paradoxe qui entoure chaque œuvre de la série; A l’esthétique et à la puissance de ces sculptures de bouddhas millénaires s’ajoute celle de ces coussins de verre fragiles et colorés: tout cela est étrangement beau…